5 ans à tenter d’apprendre à dessiner : bilan, entre tests et échecs

Bonjour à toutes et à tous. Il y a cinq ans à quelques jours près le premier confinement était annoncé par le président Emmanuel Macron dans une allocution télévisée restée célèbre. Ce jour a été également celui de mon point de départ pour tenter de publier l’œuvre que j’avais en tête depuis bien longtemps : Helios.

Il y a cinq ans jour pour jour, j’ai entamé ma tentative d’apprendre à dessiner…

Point de départ

Lorsque j’ai pris mon crayon, je n’ai pu que constater mon niveau de débutant complet. Un trait saccadé, aucune maîtrise, aucune connaissance anatomique.

Je ne pouvais que mesurer l’immense effort qu’il me fallait réaliser pour devenir mangaka.

Cette idée ne m’est pas venue par hasard. Helios est déjà dans mon esprit depuis longtemps et assez proche de la version que vous avez pu découvrir en début d’année.

N’arrivant pas à oser contacter des dessinateurs pour présenter le projet, je me suis décidé à apprendre à dessiner.

Rapidement, j’ai donc décidé d’acheter des cours en ligne pour apprendre les bases. Bases qui, quel que soit le type d’art graphique que l’on veut faire, sont nécessaires…

J’ai dû passer deux/trois mois dessus, à découvrir différentes règles, à pratiquer quotidiennement… avant d’arrêter.

Ma première erreur

Très tôt, donc, j’ai commis ma première erreur. J’avais vite fait le tour de ces cours en ligne qui n’apprennent que les bases.

Je pensais donc en ressortir en les maîtrisant… Bien sûr que non.

Le moi d’aujourd’hui réagit avec condescendance au moi du passé. J’avais vraiment une nonchalance déconcertante avec le recul, qui m’a conduit à commettre de nombreuses erreurs, et ont ralenti ma progression.

Car comme je ne maîtrisais pas les bases, j’ai ensuite commencé à me chercher. Résultat : je me suis perdu.

Pour tout vous dire, j’en étais à me demander si c’était vraiment bien d’utiliser des références pour dessiner. Les références (photos, vidéos, dessins en tous genres) en ligne ne sont pas forcément libres de droit, et je n’avais pas envie d’avoir de problèmes ensuite.

J’ai donc essayé de progresser sans rien, sans référence, sans outil me permettant de bien dessiner un objet, une personne. Au moins j’étais sûr de ne pas utiliser d’image que je n’aurai pas le droit d’utiliser…

Cette erreur m’a sans doute fait perdre 2 ans… Le temps que je me rende compte que j’avais fait le mauvais choix, après des milliers d’heures de pratique où j’ai fini par utiliser des références pour voir ce que cela donnait. La différence était notable, et l’ai toujours aujourd’hui.

Première tentative, où ma naïveté…

Pendant cette recherche j’ai convenu que le mieux pour apprendre était de pratiquer…

C’est vrai, dans tous les domaines j’ai même envie de me dire.

Mais, en attendant de progresser, j’ai travaillé sur mon histoire. Helios a vite pris forme et je me suis motivé à envoyer aux maisons d’éditions ce projet. Peut-être que la vue de cette histoire leur donnerait envie de pousser ce projet, de m’aiguiller pour progresser et arriver au résultat souhaité.

Sauf que ça ne marche pas ainsi. Les éditeurs de manga veulent un projet concret, avec un dessinateur maîtrisant son art. Le débutant que je suis n’avais aucune chance de convaincre qui que ce soit.

Remise en question constante

Je me suis donc retrouvé seul avec mon œuvre à développer, mon art à maîtriser et une gêne de plus en plus grandissante quant à tout cela.

Ce n’est qu’une suite logique, je pense aujourd’hui. Car à ce stade je suis obligé d’arriver à la conclusion que je dois progresser, trouver quelles sont mes erreurs et ce que je dois faire pour m’améliorer.

C’est bien, mais c’est pas si simple. Je me rends compte que le domaine artistique n’est pas intuitif pour moi.

Je vois les illustrations, les planches d’autres artistes, je les trouve magnifique. Je vois les miennes, je comprends qu’elles sont moins belles, moins bonnes, mais je ne sais pas pourquoi.

Le premier point est très subjectif et je pense que je ne l’éliminerai jamais de ma pensée. Cette sensation de toujours faire moins bien que les autres est toujours présente aujourd’hui.

C’est le deuxième qu’il faut améliorer. Et il n’y a pas de secret…

Pratiquer.

Pratiquer.

Et encore pratiquer.

Faire des planches, des illustrations, des croquis, pour identifier ce qui ne va pas.

Mais sans connaissances, du moins le peu que j’ai pu acquérir à ce stade, c’est un processus qui est long… très long.

On est ici déjà deux ans après le point de départ de plus haut. Et j’ai pour la première fois la sensation de produire quelque chose de bien. Car j’identifie les premiers problèmes et commence à les régler.

Mais le principal problème est toujours là, puisque je refuse de prendre des références.

Résultat mes productions restent bancales, puisque si d’un côté je vois de nettes améliorations, de l’autre certains points techniques restent catastrophiques.

Je note comme problème récurrent à ce stade : la maîtrise des volumes, des cheveux, des vêtements, mais aussi des ombres et lumières auxquels je peux ajouter mon incompétence à créer de bons chara-designs…

Ça fait beaucoup, et ça montre tout le chemin qu’il me reste à parcourir. C’est dans cette circonstance que débute l’année 2023.

2023 : L’année de la bascule

2023 est déjà pour un premier point l’année où mon envie de progresser se fait le plus sentir. Mais je suis miné par un point…

En ce début d’année je travaille sur un one-shot qui est assez long. Il en suit un premier, sorti de mémoire fin 2022, et qui n’avait rencontré aucun succès. Mon niveau y est encore très amateur, et je ne peux encore que constater tout le chemin à parcourir.

Ce second one-shot me donnait de l’espoir, car c’était la première fois que mon storyboard me donnait la sensation que j’allais produire quelque chose de bon. Au-delà de mon niveau technique très médiocre je sentais qu’il y avait quelque chose pour la première fois, dans le découpage, dans la manière dont l’histoire était racontée.

Malheureusement, je ne l’ai jamais terminé, car un concours fut lancé à la même période, et j’ai décidé d’y participer. J’ai conçu un one-shot, l’ai dessiné et envoyé…

Il n’y a pas besoin d’être devin pour comprendre ce qu’il s’est passé avec ce dernier.

J’ai fait beaucoup de recherches, pour trouver des matériaux 3D à utiliser sur Clip Studio, des références sur mes dessins. J’ai tout donné pour ce one-shot, mais j’ai manqué de temps pour finaliser mes dernières planches.

Je me dois aussi de citer la mise à jour 2.0 de Clip Studio Paint, sorti à cette période et qui m’a été d’une très grande aide. Elle apportait entre autres des modèles 3D pour les visages, modulables à volonté, et globalement je pense avoir progressé d’un coup grâce à cet apport.

Ma lenteur de production montre de premiers problèmes. Ce qui m’amène à une réflexion : comment m’améliorer ?

C’est suite à cela que j’ai pensé pour la première fois à une transition au light novel… J’ai transité juste derrière sur le travail d’un nouveau dossier pour Helios et cette question est très tôt apparue.

Cela fait déjà 3 ans que je tente de faire du manga, le temps commence à filer et je commence à avoir de nouvelles idées. De plus mon ordinateur est envoyé en réparation à la même période. Sans lui je ne peux rien faire, si ce n’est réfléchir.

Ma conclusion à ce stade est claire : Helios est un manga, et doit sortir sur ce format.

C’est donc, comme avant, un dossier manga que je vais envoyer d’ici fin 2023… ou début 2024, étant donné que je suis trop lent…

Il n’y a pas besoin d’être devin pour comprendre ce qu’il s’est passé avec ce dernier.

Mes perpétuelles indécisions me plombent…

Le problème avec ma lenteur vient du fait que je suis incapable de prendre une décision et d’y rester. Tel point ne me convient pas, je le change, je le modifie, pour tenter de l’améliorer, et souvent ça ne fonctionne pas.

Ajoutés à cela le fait que je veux que tout soit parfait, carré et comme je le fais quasiment au pixel près, je finis par passer des jours entiers sur des planches, notamment celles contenant des décors…

Après cette année 2024 où j’ai mis six mois à faire 120 planches je ne pouvais qu’arriver à cette conclusion, comme quoi finalement le manga n’était peut-être pas le bon format pour moi.

Le travail pour réaliser une illustration de light novel correspond, à peu près, au travail pour réaliser une planche de manga contenant des décors. Bon, en soi là aussi ça dépend lesquelles, et vous le verrez rapidement avec ***** qui arrive bientôt, mais vous comprenez que réaliser ce travail plus de 200 fois pour sortir un volume relié, il faut s’accrocher, et avoir des finances solides, que je n’ai plus à ce stade…

Aujourd’hui, j’ai compris qu’un artiste ne peut pas tout faire. En fonction de ses compétences il sera plus habilité à réaliser tel type d’ouvrage, tel type d’histoire, tel type d’œuvre.

Helios, dans son format dans lequel il s’est construit, me demandait des compétences que je n’ai pas, où qu’il m’aurait fallu maîtriser. Mais je suis très lent dans mon apprentissage, d’où le fait que 5 ans après j’en sois toujours au même point…

Pas tout à fait, bien sûr, mais en termes de publication je suis toujours dans l’attente. L’attente de réussir à sortir un ouvrage, de réussir à produire ce que je souhaite, l’attente d’être enfin fier de mon travail…

Ma seule réussite…

Il n’y a qu’un point qui me satisfait réellement au bout de cinq ans : mes dessins au trait, hachurés, me plaisent. À force de pratiquer, mon trait s’est affiné et me permet de sortir quelques petits croquis qui me redonnent le sourire.

Si je compare mes premiers essais à ce que j’arrive aujourd’hui à sortir, au-delà des compétences de bases que je pense maîtriser désormais, il a un trait beaucoup plus fin que j’arrive à produire, indépendamment des réglages que je peux mettre sur Clip Studio.

Cela me réconforte dans l’idée que ces 5 années n’ont pas servi à rien. L’objectif que je me suis fixé, alors que le premier confinement débutait à peine, il est toujours en cours. Ce sera juste bien plus long que prévu.

Croquis…

L’illustration de gauche ne date pas de mes débuts mais de 2021. Celle de droite a été réalisée hier, veille de sortie de cet article pour être en miniature. Il s’agit d’une reprise de l’illustration de gauche, avec le chara-design qu’avait Estelle à l’époque, produite en quelques minutes.

Estelle, personnage principal d’Helios, a beaucoup évolué en 5 ans.

Septembre 2020, une de mes premières tentatives sur Clip Studio que je n’ai que depuis quelques jours.

On voit déjà en 2021 une amélioration sur le visage et mes hacures.

2022, mon trait s’affine mais sans références le résultat reste atroce. Les yeux plus larges rendent le visage plus expressif, mais aujourd’hui je trouve cela moche.

Je me surprends à retomber sur des croquis de 2023 que j’apprécie toujours aujourd’hui. L’arrivée des modèles visages de Clip Studio les modifie et les approche de leur chara-design actuel.

Je commence à utiliser des références, ce qui fait que le reste aussi s’améliore. Le croquis de droite, qui date de juillet 2023, est bon techniquement parlant.

Ce qui m’énerve c’est que des progrès réalisés à certains moments ne sont plus utilisés ensuite jusqu’à être redécouverts…

Concentré sur mes projets, j’ai commencé à réaliser moins de croquis en 2024. À gauche seul le visage est dessiné, le reste est tracé grâce à la fonction line sur les modèles 3D. Celui de droite date de juillet 2024, et correspond donc à l’Estelle découverte dans Helios, que ce soit la version manga ou light novel, et je me rends compte ici que je n’ai pas tracé le cou.

Ces croquis ne sont que des dessins d’entraînement, ou de plaisir, réalisés en quelques minutes, sans objectif derrière.

Conclusion

Au bout de cinq années, l’échec est presque total. Total parce que je n’ai toujours rien publié, presque parce que la progression est tout de même réelle.

Travailler sur mon projet personnel depuis tout ce temps a surtout changé en moi l’approche que j’avais de l’art en général.

J’ai toujours pensé que le manga était l’art le plus difficile au monde, de part la maîtrise technique qu’il demande et la pression éditoriale derrière. Aujourd’hui je sais que c’est le cas.

Au-delà même du manga, cette longue période m’a fait changer en profondeur. Jusqu’à peu, j’étais contre l’idée de passer des heures et des heures à peaufiner une illustration, une planche, mais ce verrou a sauté depuis l’été dernier quand j’ai décidé de lancer le projet Helios, malheureusement avorté depuis.

Ce changement n’est pas qu’artistique. Je ne peux pas entrer dans les détails pour l’instant, car je devrais vous parler de ***** pour expliquer plus en profondeur, mais sachez que c’est l’une des raisons pour lesquelles Helios s’est arrêté prématurément.

Mon niveau reste très approximatif sur de nombreux points. Il me reste beaucoup à améliorer et je sais que le chemin pour y parvenir sera encore long.

Pour finir, je m’estime tout de même un peu fier, parce que certes je n’ai rien publié, mais je sais aujourd’hui que je suis capable de le faire, et qu’il me faut juste être un peu plus patient pour y parvenir. J’ai tendance à trop vouloir me précipiter, parfois, et cela me joue des tours, car j’annonce et derrière rien n’est prêt le jour j.

Cet article d’ailleurs aurait dû sortir dimanche dernier, par exemple, mais il n’était pas fini à temps. Comme je déteste me mettre en avant, l’écrire n’a pas été facile, et il a fini par prendre du retard, en plus du fait qu’il soit secondaire par rapport à ce qui arrive. Encore une fois j’aurai aimé pouvoir vous l’annoncer plus tôt mais ça me prend plus de temps que prévu de tout préparer…

On se retrouve la semaine prochaine, normalement, pour que je puisse enfin vous parler de *****, et ce qui en découle par la suite.

Helios n’est plus disponible sur Mangadraft mais l’est toujours sur Patreon, que ce soit le manga (premier chapitre) ou light novel (5 chapitres, soit premier volume).

Je le reprécise mais la publication d’Helios est arrêtée mais je souhaite à terme relancer cette série, en la retravaillant. Il est possible qu’il ne revienne pas avant plusieurs années, mais mon objectif est toujours le même qu’en 2020.

Je vous remercie d’avoir lu cet article. C’est, je pense, de loin le plus long à être sorti depuis que j’ai repris le blogging mais il était nécessaire, plus pour moi que pour vous, sans doute.

On se retrouve bientôt pour de nouvelles aventures. D’ici-là portez-vous bien.

Tryf’